Village aux cent sources !
Le village actuel est bâti dans un vallon étroit sur le versant septentrional de la cuesta du plateau de Langres, qui descend en pente douce vers la vallée de la Vingeanne au sud de Longeau. C'est dans cette région d'effondrement multifaillée qu'apparaît Cohons, implanté exactement sur la grande faille de Longeau à Chalindrey qui partage le village en deux. Une configuration qui permet la résurgence de nombreuses sources (exactement 25 sources), ce qui a valu à Cohons le surnom de « village aux cent sources » et ce dicton :
« Cohons boit l'eau sans peine, chaque maison a sa fontaine ! »
L'éperon barré de la Vergentière, à l'ouest du village, fouillé par Louis Lepage de 1976 à 1985, a retenu les populations du Néolithique moyen jusqu'à l'âge du Bronze final. Il a pu être ensuite occupé sporadiquement à l'époque gauloise puis par les Romains, comme l'attestent les vestiges retrouvés.
Enfin, les Gallo-Romains ont certainement occupé le territoire de Cohons, où des vestiges de constructions et de villas ont été reconnus autrefois en plusieurs endroits.
Le nom de Cohons, tout comme son proche voisin Heuilley-Cotton, suggère une création commune de ces deux villages vers la fin du premier millénaire, par un supposé Cotto(n) ou Cot(t)inus dont la tradition rapporte que son castrum (structure médiévale partagée entre le seigneur et ses chevaliers) aurait été bâti au milieu du IXe siècle sur les hauteurs du village.
En savoir un peu plus…
Pourtant Cohons ne rentre véritablement dans l'histoire qu'au XIIe siècle, avec une seigneurie laïque entre les maisons de Montsaugeon et de Tilchâtel. Vers la fin du XIIe siècle, Guy de Tilchâtel vend tous ses droits et possessions au Chapitre de Langres.
Le reste de la seigneurie appartient en 1214 à Rainaud, chevalier de Cohons, qui donne à l'abbaye d'Auberive le droit de pâturage sur tout le territoire de Cohons et de Germaines, et à l'évêque de Langres tous ses biens à Montsaugeon.
Après sa mort en 1224, sa fille Marguerite, mariée avec Rénier de Nogent, hérite de cette portion de seigneurie laïque. Rénier fait reconstruire l'ancien donjon des sires de Tilchâtel sous l'église de Cohons, qu'il appelle « Tour Neuve », et agrandit cette maison-forte de fossés abritant des bâtiments pour ses hommes du village. Mais ces ouvrages dépassent d'un pied (environ 30 cm) dans le terrain du Chapitre en empiétant sur le cimetière, et donc sur les droits des chanoines. C'est pourquoi en 1228, Rénier est condamné par sentence épiscopale à détruire tous les ouvrages commencés.
Après 1250, l'évêque de Langres devient progressivement le principal seigneur à Cohons, où il possède des droits très étendus, alors que le Chapitre de Langres percevait seul les dîmes dans une grange dîmeresse (qui restera longtemps au milieu et en contrebas de la rue Carron-Maire).
L'évêque installe ses instruments du pouvoir, et en premier lieu une tour (ou donjon) dans la prairie latérale au village. On peut apercevoir aujourd'hui, sur la gauche à mi-parcours du sentier de la Ruelle, la ferme actuelle appelée « Ferme de la Tour », qui en indique l'emplacement.
Il fait construire un four banal (aujourd'hui détruit, dans le bas de la cour de l'école). Il possède également le « moulin du Doyen » (moulin du Mai) et le « moulin sous l'étang » (dit moulin du Foultot après 1480). L'évêque de Langres, qui était haut justicier à Cohons, avait encore institué deux autres sergents en plus du maire : un doyen et un corvier chargés de faire respecter ses intérêts à Cohons.
Le Chapitre de Langres acquiert entre 1245 et le XVIIIe siècle de nombreuses terres, vignes, prés et chenevières (plantations de chanvre) jusque dans le village. Il est à Cohons le plus gros propriétaire foncier après l'évêque, surtout concentré sur la forêt et les terres de Soote.
Pendant la guerre de Cent Ans, la maison-forte de l'évêque fut rasée en 1432, et non reconstruite, avec la maison-forte d'Heuilley-Cotton et tous les châteaux alentour, laissant le village en ruines.
Au XVIIe siècle, lors de la guerre de Trente Ans, le village eut encore à souffrir des incursions continuelles des troupes de Gallas, du duc de Lorraine et de leurs alliés dans la région langroise, ainsi que de leur cortège habituel d'épisodes de peste et de famine.
Pourtant, le village ancien groupé autour de l'église et de la fontaine Sainte-Marie sera reconstruit, sous l'administration de maires issus de grandes familles langroises, tels les Girard, les Du Molinet (seigneurs de Rosoy) et les Voinchet.
Le village, qui avait pris de l'extension lors du grand pic de population à la fin du XVIe siècle dans la grande rue de la mairie (rue Candrée) et dans le quartier du château de Silière, verra une seconde croissance importante aux XVIIIe et XIXe siècles dans la partie basse du village (rue de Longeau), à une époque où la population est maximale, culminant à 590 habitants en 1770 et jusqu'à 680 habitants en 1892 (contre 261 habitants au recensement de 2015).